
René Steichen est le grand-père de Guy Steichen, un élève de la 3e année d'études à Altwies. Il nous a écrit un article comment il a vécu le temps de la guerre. Il avait neuf ans, maintenant il a 66 ans.
Aujourd'hui, il est fermier à Altwies.
C'était le 10 mai 1940 quand un conducteur qui transportait notre lait à la laiterie nous informait: "Les boches sont dans notre pays."
Dans le ciel volaient des avions de reconnaissance.

Comme notre village n'est séparé de la Lorraine que par la petite rivière "Gander", les soldats devaient faire très attention. Quelques soldats allemands à cheval avaient le courage de venir jusqu'à notre village pour reconnaître le terrain. Dans le village, il y avait des soldats français qui patrouillaient. Derrière notre maison il y a, la petite rivière "Doilesbour". Il y avait des bruits dans le "Doilesbour" et des soldats bien armés avançaient à la queue leu leu vers le village. Nous avions trois oies. Sans demander, les oies ont été tuées et confisquées par les allemands.
Les allemands avaient faim et soif, ils nous demandaient du lait. Parce qu'ils ne nous faisaient pas confiance, on devait boire d'abord.
Dans notre cave, à l'abri des obus français, les allemands installaient un hôpital militaire. La nuit, on devait la passer dans la cave. Parfois on entendait des coups de feu. Au cimetière, un allemand a été tué par les tirs français. Les ambulanciers ont amené des blessés pour les premiers soins à l'hôpital militaire.
Le ravitaillement allemand arrivait par la rue des 3 cantons Remich-Bous-Dalheim. Il était transporté sur des chariots tirés par des chevaux et comportait des pièces d'artillerie. Et ainsi les français ont pointé cette cible avec leurs canons. Alors les allemands ont fait sauter le monument romain, "L'aigle" de Dalheim.
Quand on était dans la cave, on entendait siffler les obus. Quelques-uns explosaient dans notre village. Un raté a detruit la maison Koster (aujourd'hui la maison Fernand Kremer) et s'est retrouvé derrière la maison.
Parce qu'on comptait avec une contre-offensive des français, on nous ordonnait de prendre le nécessaire parce qu'on allait être évacué.
Toutes les bêtes devaient être laissées sur place. Les ambulanciers gardaient la meilleure vache pour eux. Parce que les allemands posaient des mines, la vache a été tuée plus tard par une mine. Le reste du betail était envoyé à l'intérieur du pays. Alors toute la famille a pris le nécessaire qui était transporté sur un chariot à foin tiré par nos deux chevaux. La première étappe allait jusqu'au stade municipal de la rue d'Arlon à Luxemburg-ville. Là on dormait pendant la nuit. Le lendemain, on continuait par Kopstal jusqu'au "Pratzerdall" où on devait rester sept semaines. Plein de colonnes allemandes qui se dirigeaient vers la Belgique bouchaient les rues. Tout le monde allait à pieds et criait: "Denn wir fahren gegen Engeland." (On va envahir l'Angleterre).
On avait pris quartier chez un fermier et on devait l'aider à la fenaison ( récolte du foin ) Nous les enfants, nous allions à l'école à Bettborn. Enfin après sept semaines, Dieu merci, on pouvait prendre le chemin du retour. Arrivés à la maison, nous trouvions tout en désordre. Mais tout ce qui n'était pas fixé avait disparu. Maintenant on recherchait les bêtes. On pouvait retrouver quelques vaches. Toutes les jeunes bêtes n'étaient plus là. Maintenant on devait tout recommencer. Le foin devait être rentré, on devait cultiver les betteraves et les pommes de terre. La vie devait continuer et l'occupation allemande avec ses chicanes et sa terreur allait se terminer seulement après quatre ans et quatre mois grâce à l'intervention des alliés.
René Steichen