WIRTSCHAFT UND FINANZEN / ÉCONOMIE
ET FINANCES
Pour sortir de la crise financière par le haut,
une généralisation des principes de responsabilité
et de transparence
Pistes
de
solutions proposées par etika – Initiativ fir Alternativ
Finanzéierung
–
et le Centre national de coopération au développement
(CNCD –
11.11.11) belge
Après la projection en
avant-première du documentaire "Let's make money" d'Erwin
Wagenhofer le 7 avril 2009 à Luxembourg, l'association etika –
Initiativ fir Alternativ Finanzéierung – et le Centre national
de coopération au développement (CNCD – 11.11.11) belge
présentent des pistes de solutions pour sortir de la crise.
Nous sommes loin d'avoir fini de comptabiliser les conséquences
de la crise au Luxembourg comme à l'étranger. Cette
débâcle aura été au moins l'occasion de
poser dans le débat public des questions fondamentales relatives
à la finalité de l'outil financier comme vecteur de
développement humain. [...] La finance
dérégulée et orientée exclusivement sur le
court-terme avait déjà fait les preuves de son
incapacité à répondre aux besoins humains bien
avant l'éclatement de la crise des subprimes aux Etats-Unis, en
2007. Pour Muhammad Yunus, le Prix Nobel de la paix 2006, cette crise
n'est pas "la seule crise à l'heure actuelle" mais une
épreuve supplémentaire qui vient s'ajouter aux crises
alimentaire, énergétique et climatique. Bien que
reléguées au second plan de l'actualité, celles-ci
n'en continuent pas moins de frapper durement les populations les plus
précaires de la planète. Selon le fondateur
emblématique de la microfinance moderne, "toutes ces crises ont
la même origine, elles sont nées des failles structurelles
de notre système, […] et l'économie actuelle est
exclusivement tournée vers la maximisation des profits".
Les organismes de développement et les banques sociales ont
depuis longtemps travaillé sur cette problématique. Comme
tous les acteurs de la finance sociale présents dans le monde
entier, etika milite plus que jamais pour que la finance sociale ne
soit pas l'apanage d'un petit club d'investisseurs
éclairés traitant avec quelques entrepreneurs
privilégiés, mais pour que les pratiques de la finance
sociale se développent de manière conséquente au
Nord comme au Sud. Pour arriver à cette fin, le volontarisme ne
suffit pas et nous croyons fermement que les autorités publiques
doivent reprendre leurs prérogatives pour remettre
l'économie de marché au service de l'humain.
Pour cela nous estimons que les pouvoirs publics doivent prendre leurs
responsabilités pour réintégrer les principes de
responsabilité et transparence qui sont le ciment de la finance
sociale. Les pays disposant d'une place financière importante
doivent de manière coordonnée réfléchir
à:
1. Inciter les banques à se concentrer sur
leur métier de base, à savoir mettre en relation des
investisseurs et des entrepreneurs afin de favoriser le financement
d'activités de long terme. Cela revient à se concentrer
sur des créations de richesses répondant aux besoins
humains, en prenant en compte en plus de la création de valeur
financière l'impératif social et environnemental. Cette
incitation pourrait se concrétiser, d'une part, en instaurant
une séparation stricte des métiers bancaires et, d'autre
part, en facilitant l'accès au crédit à des taux
bas ou modérés pour des crédits d'investissements
destinés aux entreprises faisant preuve de responsabilité
environnementale et sociale.
2. Pénaliser les investissements
dédiés au court-terme et à la spéculation:
Il convient de taxer progressivement les mouvements de capitaux
spéculatifs, de façon à rendre ceux-ci
financièrement non rentables. C'est le principe de la taxe
Tobin-Spahn sur les marchés de devises qui a été
votée par le Parlement belge en 2004. Elle est praticable sous
réserve de son adoption par les autres pays membres de l'UE. Ces
outils empêcheront ainsi des spéculateurs de s'enrichir au
détriment de la collectivité comme ce fut le cas avec
George Soros qui a contraint la Banque d'Angleterre à sortir la
livre sterling du système monétaire européen en
1992.
3. Fixer des limites d'endettement pour les
établissements financiers – y compris les fonds
spéculatifs et les fonds de capital investissement – de telle
sorte que les conséquences de leurs éventuelles faillites
ne soient plus une menace pour une économie nationale voire
mondiale. Rappelons qu'il n'a pas fallu attendre 2008 pour vivre une
telle situation: La quasi-faillite du fonds spéculatif
américain LTCM en 1998 aurait pu entraîner à lui
seul une crise financière mondiale s'il n'avait pas
été renfloué en urgence par les fonds publics de
la Federal Reserve. L'immense majorité des habitants de cette
planète ne doivent plus payer à l'avenir des erreurs qui
ne sont pas de leur responsabilité.
4. Interdire aux banques d'accepter les flux
financiers issus de l'évasion fiscale: Une finance à
finalité sociale n'est pas compatible avec la pratique d'un
dumping fiscal.
5. Mettre sous tutelle publique les agences de
notations, mais également les chambres de compensation
internationales (Clearstream et Euroclear) et la société
Swift, sachant que tous les flux de capitaux de la finance mondiale
transitent par ces trois sociétés. Il sera ainsi facile
de tracer les opérations financières mondiales,
contrairement à ce qui avait été dit dans le
passé.
Ces mesures sont toutes techniquement applicables. Jusqu'à
présent la volonté politique à la fois
déterminée et concertée entre les gouvernements
des pays abritant les grandes places boursières a fait
défaut. La crise que nous vivons a permis d'ouvrir une
fenêtre. Comme Muhammad Yunus l'affirme, de "la plus profonde des
crises" peut naître "la meilleure des opportunités": "Tant
que les choses fonctionnent à peu près, personne ne veut
rien changer, mais maintenant que ça ne marche plus, c'est le
bon moment" pour réformer le système.
Etika et le CNCD continueront de travailler avec les réseaux
européens et mondiaux pour que ces propositions soient
démocratiquement débattues et progressivement
appliquées.
Ces propositions sont soutenues par:
Les Amis du Monde diplomatique
Luxembourg
Action Solidarité Tiers Monde
(ASTM)
ATTAC Luxembourg
Cercle des ONGD
Co-labor
Commission luxembourgeoise "Justice
et Paix"
Demeter Bond
Fondation Caritas
Fondation Ökofonds
Haus vun der Natur
Institut Européen de
l'Economie Solidaire (INEES)
Transfair Minka
Luxembourg, le 8 avril 2009.
http://www.etika.lu/spip.php?article443
(20.4.2009)
Commission luxembourgeoise "Justice et
Paix"
http://www.restena.lu/justpaix