Dans les circonstances actuelles, les responsables de diverses religions ont manifesté en divers endroits le désir de témoigner ensemble que les religions ont pour vocation de favoriser dans le monde un climat de justice, de paix et de compréhension mutuelle, et d'implorer dans la prière le don de la paix. Pour sa part, le Pape Jean-Paul II, à l'Angelus du 18 novembre 2001, invitait les catholiques à une journée de jeûne et de prière pour la paix le 14 décembre et annonçait une Journée de prière pour la paix qui devait se tenir le 24 janvier 2002 à Assise, avec la participation de représentants des grandes religions du monde.
Le Conseil Pontifical Justice et Paix, le Conseil pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens et le Conseil pour le Dialogue interreligieux ont participé activement à la préparation de la rencontre. Du reste, au début de la célébration, c'est le Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, qui saluait les nombreux participants, indiquant brièvement le sens de l'événement. Puis ce fut le moment du témoignage: interventions profondes et émouvantes de dix représentants des confessions religieuses avec leurs richesses complémentaires: chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes, hindous, religions traditionnelles africaines. Symboliquement un vent violent se mit à secouer la tente où s'abritaient des milliers de personnes pendant que le Pape parlait. Puis chacun des groupes se rendit dans le lieu assigné pour la prière, avant d'aller prendre le repas ensemble. L'après-midi, tous se rassemblèrent de nouveau sous la tente, cette fois sous une pluie battante. Chacun des invités reçut une lampe allumée, et dix engagements solennels furent proclamés en 10 langues différentes. Le Pape pouvait alors conclure: "Jamais plus la violence, jamais plus la guerre, jamais plus le terrorisme. Qu'au nom de Dieu chaque religion apporte sur la terre Justice et Paix, Pardon et Vie, Amour!"
Un mois plus tard, enfin, Jean-Paul II écrivait aux chefs d'État et de gouvernement pour leur transmettre le texte de cet engagement commun, "convaincu que ces dix propositions pourront inspirer l'action politique et sociale" de leur gouvernement. En voici quelques traits: parvenir à une coexistence pacifique et solidaire entre les membres d'ethnies, de cultures et de religions différentes, défendre le droit de toute personne humaine à mener une existence digne, se pardonner mutuellement les erreurs du passé, se mettre du côté de ceux qui souffrent de la misère et de l'abandon, donner à l'humanité de notre temps une réelle espérance de justice et de paix, faire tous les efforts possibles pour que, aux niveaux national et international, soit édifié et consolidé un monde de solidarité et de paix fondé sur la justice.
Introduction à la prière (Cardinal Nguyên Van Thuân)
"Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles."
Comme il est beau et réconfortant que la
convocation solennelle pour la paix ait trouvé en vous tous ici
présents une réponse généreuse et disponible,
en vous qui vous engagez déjà quotidiennement pour la paix.
Nous sommes ici réunis, en réponse à une invitation
de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, pour témoigner face
aux hommes et aux femmes de bonne volonté, dans un engagement commun
et dans la prière propre à chaque confession religieuse,
de la volonté de surmonter les oppositions entre les peuples en
faveur d'une authentique promotion de la paix. Dans l'esprit de la première
convocation d'Assise, nous accueillons l'invitation à proclamer
face au monde que la religion ne doit jamais devenir le prétexte
de conflits, de haines et de violences, tels que notre époque connaît
à nouveau. En ce moment historique, l'humanité a besoin de
voir des gestes de paix et d'entendre des paroles d'espérance. Les
pieds du messager qui annonce la paix seront encore plus beaux lorsque,
après l'avoir proclamée solennellement sur les flancs du
mont Subasio, chacun de nous repartira pour la proclamer et la vivre dans
la pluralité de la vie quotidienne d'autres montagnes, villes et
villages.
Le "Décalogue" pour la paix
1. Nous nous engageons à proclamer notre ferme conviction que la violence et le terrorisme s'opposent au véritable esprit religieux et, en condamnant tout recours à la violence et à la guerre au nom de Dieu ou de la religion, nous nous engageons à faire tout ce qui est possible pour éradiquer les causes du terrorisme.
2. Nous nous engageons à éduquer les personnes au respect et à l'estime mutuels, afin que l'on puisse parvenir à une coexistence pacifique et solidaire entre les membres d'ethnies, de cultures et de religions différentes.
3. Nous nous engageons à promouvoir la culture du dialogue, afin que se développent la compréhension et la confiance réciproques entre les individus et entre les peuples, car telles sont les conditions d'une paix authentique.
4. Nous nous engageons à défendre le droit de toute personne humaine à mener une existence digne, conforme à son identité culturelle, et à fonder librement une famille qui lui soit propre.
5. Nous nous engageons à dialoguer avec sincérité et patience, ne considérant pas ce qui nous sépare comme un mur insurmontable, mais, au contraire, reconnaissant que la confrontation avec la diversité des autres peut devenir une occasion de plus grande compréhension réciproque.
6. Nous nous engageons à nous pardonner mutuellement les erreurs et les préjudices du passé et du présent, et à nous soutenir dans l'effort commun pour vaincre l'égoïsme et l'abus, la haine et la violence, et pour apprendre du passé que la paix sans la justice n'est pas une paix véritable.
7. Nous nous engageons à être du côté de ceux qui souffrent de la misère et de l'abandon, nous faisant la voix des sans-voix et œuvrant concrètement pour surmonter de telles situations, convaincus que personne ne peut être heureux seul.
8. Nous nous engageons à faire nôtre le cri de ceux qui ne se résignent pas à la violence et au mal, et nous désirons contribuer de toutes nos forces à donner à l'humanité de notre temps une réelle espérance de justice et de paix.
9. Nous nous engageons à encourager toute initiative qui promeut l'amitié entre les peuples, convaincus que, s'il manque une entente solide entre les peuples, le progrès technologique expose le monde à des risques croissants de destruction et de mort.
10. Nous nous engageons à demander aux responsables des nations de faire tous les efforts possibles pour que, aux niveaux national et international, soit édifié et consolidé un monde de solidarité et de paix fondé sur la justice.
Commission luxembourgeoise
"Justice et Paix"
http://www.restena.lu/justpaix/