L'échec de la Tripartite – une question de culture politique?    

Une prise de position de la Commission luxembourgeoise «Justice et Paix» suite à la déclaration du Premier ministre sur l'état de la nation 2010   


La Commission «Justice et Paix» de l'Eglise catholique au Luxembourg a pour objectif de promouvoir la justice sociale, la paix et le développement durable par le biais de la réflexion et de la sensibilisation du public.

Elle se doit donc de réagir à la déclaration du Premier ministre sur l'état de la nation, faisant suite à l'échec de la Tripartite. En effet, les débats institutionnels des dernières semaines ont révélé une rupture de dialogue qui sème le doute sur l'existence même d'un projet politique pour le Luxembourg et d'un socle de valeurs communes.

Le concept de justice sociale a certes été utilisé à tort et à travers au cours des débats, tant par des membres du gouvernement que par les syndicats ou d'autres acteurs du débat public, sans pour autant jamais avoir été clairement défini.

La justice sociale ne se réduit certainement pas à une question de (re)distribution des biens ou de défense des «acquis». Elle demande de soumettre nos choix collectifs à des critères comme l'«option préférentielle pour les pauvres», bafouée depuis le début de la crise. En évaluant l'impact de la crise et les mesures pour la combattre, ceux et celles que la crise affaiblit en premier sont à défendre et à protéger de manière privilégiée.

Il apparaît par ailleurs que les considérations éthiques fondées sur la dignité humaine ont cruellement manqué aux débats. Or un certain nombre de mesures, même si elles ne touchent pas l'ensemble de la population, sont considérées par les «victimes» comme une atteinte à leur dignité de citoyennes et de citoyens. Ce sentiment va au-delà des aspects purement matériels des mesures annoncées et risque d'affaiblir la cohésion sociale.

Or il est de la responsabilité des acteurs politiques de promouvoir, voire de restituer en ce temps de crise le respect de la dignité humaine de manière à permettre à chacune et à chacun de se réapproprier son «être en société» et d'être pris au sérieux dans sa capacité d'y opérer des choix informés et mûrement réfléchis.

Certaines notions centrales dans le débat – telles la croissance et la compétitivité – nous renvoient à la question de savoir quel est le modèle de société que nous entendons promouvoir et développer. Cette question importante nécessite un large débat public. Notre rôle de citoyennes et de citoyens responsables nous amène à poser les questions suivantes:

Qu'en est-il des notions de bien-être, de bonheur, de confiance, de bien commun, de paix sociale? La croissance est-elle un bien en soi? Une croissance économique annuelle de 4% est-elle réaliste? Est-elle nécessaire? Est-elle souhaitable? Faut-il encourager la consommation? Si oui, la consommation de quoi? Quel est le rôle de l'économie du don au sein de l'activité économique? Quels sont les choix à faire si l'on donne toute sa place à l'économie sociale et solidaire et aux systèmes d'échange locaux? Qu'en est-il de notre style de vie actuel que nous pratiquons souvent au détriment des autres habitants de notre planète et de la nature?

Il revient aux instances politiques d'organiser le débat sur ces questions essentielles dans le cadre d'une démocratie participative, d'autant plus qu'aucune des causes profondes de la crise n'a disparu.

Luxembourg, le 14 mai 2010



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(14.5.2010)

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